Les poèmes de Maurice des Ulis

Août 1997



Fin

Naufrage  Rondeau triste
Padilla 1  Alexandre 25
Alexandre 26  Mignardises
L'amour est sans pitié  Alexandre 27
Maman  Trotte-menu
Confiance  Collé-serré
Un ramassis de notes  Je n'ai qu'une envie
Un caillou mordoré  Le chant du vent
Padilla 2  Alexandre 28
Alexandre 29 



Naufrage

C'est un beau bateau blanc
Toutes voiles dehors
Et les hommes dedans
Rêvent de trouver l'or.

L'étrave sur la lame
Dégringole en riant
Chantant comme une dame
Pour bercer les mourants.

Les voiles qui sommeillent
Se reflètent dans l'eau.
Là-haut la vigie veille
Et voit noircir les flots.

Le vent siffle sa rage
Arrachant les haubans
Et les hommes qui nagent
N'ont pas de testament.

Début | Fin



Rondeau triste

Mais que restera-t-il de nous
Après un si triste naufrage ?
Quelques instants un peu trop fous ?
Quelques écrits un peu trop sages ?

Pour nos parents, pour nos amis
Qui nous aidèrent dans l'orage
Ne resterons que des débris
Après un si triste naufrage.

Les larmes coulent sur mes joues,
Ma peine tourne dans sa cage :
Mais que restera-t-il de nous
Après un si triste naufrage ?

Début | Fin



Padilla 1

D'après La légende de la nonne de V. Hugo, chantée par G. Brassens.
Dans la nef assombrie où ne brille qu'un cierge
Sommeillent tous les saints qui entourent la Vierge.
La flamme qui vacille anime doucement
Ce havre de piété et de recueillement.

Aux pieds de la statue de Sainte Véronique
Une nonne à genoux récite des cantiques.
Au couvent chacun dort et l'orage sévit :
Qui vient adorer Dieu au milieu de la nuit ?

La lune fait briller sur la robe violette
Une mèche dorée échappant la cornette
Et l'éclair illumine un visage d'enfant
Où vient étinceler une larme d'argent.

La jeune Padilla a sorti son bréviaire
Et murmure à mi-voix quelques courtes prières.
Elle essaie d'apaiser sa peur et son tourment
Pendant que frémissante elle attend son amant.

Le tonnerre résonne et le vent s'emporte,
Il attaque le toit et fait vibrer la porte.
Des tuiles sont tombées devant la Sainte-Croix
Quand une main mouillée se pose sur son bras.

Pedro est arrivé. Ruisselant et moqueur
Il serre Padilla dans ses bras protecteurs.
Un craquement violent fait tomber la bougie
Et la foudre s'abat sur leurs corps réunis.

Début | Fin



Alexandre 25

Dès qu'on oublie de le surveiller, Alexandre fait des bêtises.
Aujourd'hui le poète a les idées qui fusent
Et le regard riant, va taquiner sa muse.
Alexandre le sait, c'est un jour à bêtises :
Personne ne surveille, il en fait à sa guise.

Muni d'un bâtonnet il excite les mouches
Et pousse un petit cri chaque fois qu'il en touche.
Ou devant la maison, sur le bord de la mare,
Il hache de son mieux les fleurs de nénuphar.

Mais le petit coquin perdu dans ses malices
Ne fait pas attention et le voilà qui glisse.
La marraine excédée fait sécher le marmot
Epinglé sur un fil où il pend tout penaud.

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Alexandre 26

La malice qui pétille dans les yeux d'Alexandre alarme la marraine.
Alexandre est radieux : il a eu une idée
Et regarde partout comment l'exécuter.
Marraine est alarmée. Elle a vu la malice
Pétiller dans ses yeux et ses lèvres frémissent.

Il faut se dépêcher : enfourner le gâteau,
Trouver un nouveau jeu, occuper le marmot...
Mais déjà c'est trop tard, l'enfant a disparu.
Pas le temps de penser, dehors elle se rue.

Son coeur est rassuré, il n'est pas dans la mare,
Où peut-elle chercher ? Il est bien quelque part.
Alexandre apparaît le visage riant,
A la main un bouquet de fleurettes des champs.

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Mignardises

Endormie près de moi
Je te vois radieuse
Enroulée dans le drap
Et la bouche rieuse.

Tu rêves à nos ébats
Et ta lèvre boudeuse
Me dit encore tout bas
Combien tu fus heureuse.

La peau de ton épaule
Attire mes baisers
Et ta main qui me frôle
Implore ma pitié.

Mais tu changes de rôle
Et sous tes seins salés
Ta caresse m'enjôle :
Je ne peux que t'aimer.

Début | Fin



L'amour est sans pitié

Ta paupière sommeille,
Tes cheveux sont collés.
Après la longue veille,
L'amour est sans pitié.

Tu bailles et tu soupires
Que tu es fatiguée.
Mais mon sort est bien pire,
L'amour est sans pitié.

Pour un nouveau défi
Je ne peux batailler.
Je comprends ton dépit,
L'amour est sans pitié.

Début | Fin



Alexandre 27

Alexandre a offert un bouquet de fleurs à sa marraine.
Le bouquet de Marraine est sur la cheminée.
Alexandre ravi, cent fois l'a regardé.
Chaque fois qu'il revient les fleurettes l'inquiètent :
Le pissenlit du fond ne baisse pas la tête ?

Il a été chercher un petit arrosoir.
C'est fou ce qu'en un jour le bouquet a pu boire !
Il essaie de trouver un vase un peu plus grand
Mais Papa ne veut pas qu'il prenne un verre à dents.

L'enfant enfin couché, Marraine s'attendrit :
C'est vrai que c'est joli les fleurs de pissenlit.
Demain il fera chaud alors elle se dépêche
De cueillir dans le pré des fleurs un peu plus fraîches.

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Maman

Souvent
Quand je suis près de toi
Je me sens tout petit
Et je te vois ravie
De t'occuper de moi
Longtemps.

Si grand
Est ton amour de moi
Et l'élan de ta vie
Que je me sens petit
Quand je suis près de toi
Maman.

Début | Fin



Trotte-menu

Et je trotte, trotte, trotte
Sur les routes de ma vie,
Je me frotte, frotte, frotte
A celles qui disent oui.
Je fais des petites crottes
Qui n'ont pas dit leur avis.

Je me doute, doute, doute
Que les chats ne sont pas gris,
Sur la route, route, route
Qui passe l'après-midi.
Mais les chattes me déroutent
Dans mon monde de souris.

Quand je gratte, gratte, gratte
Pour me faire un petit nid,
Que je rate, rate, rate
L'entrée de mon bel abri
Je me fais mal à la patte
Et je reste sous la pluie.

Début | Fin



Confiance

En regardant les yeux d'Aline.
Je me suis perdu dans tes yeux
               Si bleus
Et j'ai trouvé tant de confiance
               Intense
Que j'aimerais la mériter
               Assez
Pour que tu m'aimes très longtemps
               Enfant.

Début | Fin



Collé-serré

Mon chemin près du tien
               Serein
S'est remis à tourner
               Serré.
Est-ce toi qui reviens
               Au loin
Pour un peu d'amitié
               Pitié.

Début | Fin



Un ramassis de notes

Je suis un voyageur du temps
( Voyeur qui se souvient longtemps )
Observant sous une autre éthique
( A l'aide d'un gros verre optique )
Vos moeurs avides et changeantes
( Que parfois vos amours démentent ).
J'aurai bientôt fini mes notes
( Un ramassis de phrases sottes )
Quand j'aurai achevé mon temps
( Je reviendrai dans deux cents ans ).

Début | Fin



Je n'ai qu'une envie

Sitôt que j'ai senti
Son thé aux mandarines
En fin d'après-midi
Chatouiller mes narines,
Et puis que je l'ai vue
Si délicatement
Croquer un Petit Lu
Qu'elle a trempé dedans,
Je n'ai plus qu'une envie
Et j'en suis pantelant
C'est d'être le biscuit
Que grignote ses dents.

Début | Fin



Un caillou mordoré

Quand l'amour se profile
Sur les murs de ma vie
Alors je me défile
Dans mon trou de souris.

Il a beau me chercher
En roulant ses grands yeux
Je me suis bien caché
Et je vis très heureux.

Quand il est reparti
Sans trouver sa victime
Radieux je souris
En regardant les cimes.

Puis je vais rechercher
Au fond de mon sommeil
Un caillou mordoré
Que je lance au soleil.

Début | Fin



Le chant du vent

Le vent qui m'accompagne
A travers la campagne
Lentement se murmure
D'une voix qui rassure
Un doux et triste chant
Que j'écoute longtemps.

Il parle de nuages
Et d'une fille sage,
D'un jardin isolé
Où je ne puis aller
Et de lauriers en fleurs
Qui donnent le bonheur.

Début | Fin



Padilla 2

La suite : Dieu n'est pas d'accord avec les voeux.
Le fracas infernal a réveillé les nonnes
Qui se lèvent sitôt que le tocsin résonne.
La nef est dévastée et Sainte Véronique
Contemple fixement les funèbres reliques.

L'âme de Padilla a quitté sa dépouille
Devant laquelle, en pleurs, sa mère s'agenouille.
Elle a quitté la Terre, elle gagne les Cieux
Et pour être jugée, comparaît devant Dieu.

Tout espoir est perdu pour la nonne parjure
Dont l'âme doit payer le prix de ses injures.
Elle a trahi sa foi en aimant un brigand
Et souillé un lieu saint pour y voir son amant.

- J'ai aimé un bandit et j'ai perdu mon âme.
- Ton âme est devant Moi, là où je la réclame
Et si tu as aimé un Homme dans ta vie
Tu fus bien une Femme et tu M'en vois ravi.

- Mais j'ai trahi mes voeux et renié ma parole !
- Vous êtes sur la Terre d'une impudence folle !
Vous voulez enfermer sous d'infâmes barreaux
Et d'affreux sentiments les instincts les plus beaux.

Si l'Homme fut chassé de l'Eden pour toujours
J'ai allégé sa Peine en lui donnant l'Amour.
J'ai semé sur la Terre pour en faire un Jardin
Et vous êtes pour Moi la Moisson de Demain.

Début | Fin



Alexandre 28

Comme quoi certaines journées vides sont bien pleines.
Le soleil en riant s'éparpille sur l'eau
Et le vent qui le suit fait danser les roseaux.
Le poète à l'affût derrière sa casquette
Détache le bateau pour être de la fête.

Quelques poissons curieux transpercent la surface
Laissant des ronds dans l'eau qui lentement s'effacent.
La barque est immobile, les grenouilles reviennent
Et, les yeux globuleux, reprennent leur antienne.

Dans le soir qui revient le poète est rentré
Et, assis sur un banc, il pense à sa journée.
Puis il prend une plume et écrit un poème
Qui dit à la nature : "tu es belle et je t'aime".

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Alexandre 29

Marraine est anxieuse chaque fois qu'Alexandre est trop près de l'eau.
Alexandre est convié à venir regarder
Le peuple de la mare aux couleurs de l'été.
Marraine est réticente; connaissant le marmot
Elle s'est embarquée en faisant le gros dos.

Chaque fois qu'un poisson vient montrer sa livrée
Elle attrape l'enfant qui voudrait se pencher.
Et quand une grenouille agite les roseaux
Elle pousse un grand cri et en perd son chapeau.

Le poète en riant a repêché l'objet
Et, pour le faire sécher, le pend à un crochet.
"Comment aurait-on fait", se demande Alexandre,
"Si c'était ma marraine qu'il aurait fallu pendre ?"

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