Les poèmes de Maurice des Ulis

Janvier 1998



Fin

Toi qui est passée  L'orage
Alexandre 43  Alexandre 44
Alexandre 45  Alexandre 46
Alexandre 47  Vous toutes
Elles ont fermé la porte  J'ai attendu
Bonheur  La tempête


Toi qui est passée

Toi qui est passée
Près de lui sans rien dire
Si ce n'est un soupir
Aussitôt réprimé,

Toi qui n'a pas osé
Sourire à ce passant
Au regard si troublant
Et qui semblait blessé,

Toi qui n'a oublié
Ces rêves de la nuit
Où pressée contre lui
Tout paraissait léger,

Si tu pouvais savoir
Que les pensées secrètes
Qui dansent dans ma tête
Ne font que te revoir.

Début | Fin


L'orage

Tu parles et tu souris
A des gens de passage
Et même à tes amis
Tu as caché l'orage.

Il a mordu ton coeur
Et il te fait pleurer
Quand après bien des heures
Il faudrait se coucher.

La nuit est un supplice
Dans lequel tu te glisses.

Le lendemain matin
Tu ne montreras rien.

Début | Fin


Alexandre 43

Exploration du nouvel appartement : que de nouveautés !
Marraine et Alexandre ont fini d'explorer :
L'appartement renferme un tas de nouveautés.
Surtout dans la cuisine et dans la salle de bain
Où sont plein d'ustensiles à l'usage incertain.

La cuisinière à gaz est peut-être pratique
Mais la hotte au-dessus apparaît bien comique
Et près de la baignoire on se demande bien
A quoi sert le bidet quand on n'a pas de chien.

Alexandre perplexe a suivi les tuyaux
Dont Papa lui a dit qu'ils contenaient de l'eau
Et pose longuement un regard pathétique
Sur un radiateur aux côtes faméliques.

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Alexandre 44

Préparatifs
Le poète habillé comme un homme des villes
A trié ses poèmes dont il a fait deux piles.
Parfois il en prend un et le jette par terre
Grognant qu'il a assez de ces vers de notaire.

La marraine a tenu à revoir un par un
Les feuillets d'Alexandre dont elle prend grand soin.
Enfin elle a sorti la serviette gaufrée
Où délicatement elle a mis les papiers.

Le poète énervé reste assis sans rien dire
Attendant le taxi en poussant des soupirs
Et au bruit du klaxon il se lève d'un bond
Bousculant la marraine sans demander pardon.

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Alexandre 45

Enfin, un peu de verdure et de chaleur humaine.
Tout au bout de la rue où habite Alexandre
Il y a un jardin où chacun peut se rendre.
Marraine qui est seule voudrait un peu de vert
Et part s'y promener en profitant de l'air.

Là, l'herbe est grillagée, les allées cimentées,
Mais ce sont des oiseaux que l'on entend pépier.
Elle en est si ravie qu'en entendant leur chant
Elle oublie ses soucis et prend un air souriant.

Un soldat lui sourit, saluant gentiment
Et l'invite à s'asseoir bavarder un instant.
Cela fait plus d'une heure qui vient de se passer
Et comme il se fait tard il lui faut bien rentrer.

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Alexandre 46

Il faut savoir profiter de la chance, au prix parfois de son orgueil.
Assis dans un fauteuil et fumant un cigare
Le poète est pensif et son voisin hilare.
L'éditeur vient de lire toute sa production
Et finit de lui dire quelle est sa conclusion.

"Alexandre est mignon et il m'a bien fait rire
Mais il faudra du temps pour le laisser grandir.
Si les autres poèmes sont assez ordinaires
Ils sauront faire au moins pleurer les ménagères."

Le poète devra compléter le recueil
Et surtout pour l'instant oublier son orgueil
Car si tout a un prix, celui de son loyer
S'est rappelé à lui et il faut le payer.

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Alexandre 47

Un jour "sans".
Si Marraine a promis d'emmener Alexandre
Elle voudrait le presser car elle ne peut attendre
Mais le grand escalier et ses marches qui glissent
Est l'endroit idéal pour y faire un caprice.

Arrivés dans la rue, la fête continue
Car le gamin rageur recherche dans la nue
Les oiseaux qu'il a vu l'autre jour sur le quai.
Les savoir au jardin l'a enfin satisfait.

Comme il a galopé tout le long du chemin
Marraine est essoufflée et le prend par la main.
Elle attend son ami pour parler avec lui
Mais voyant le marmot le soldat s'est enfui.

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Vous toutes

Vous toutes mes aimées,
Celles que j'ai quittées
Ou qui m'ont délaissé,
Vous êtes toutes là
Quand au soir je suis las
Et qu'il fait bien trop froid.

Vous qui vous esclaffez
Quand je vois s'approcher
Un amour estropié,
Si j'ai le coeur qui bat
Trop fort le branle-bas
Vous êtes mon pourvoi.

Vous que j'ai tant aimées,
Vous que j'ai déchirées,
Je vous entends chanter
Quand un amour s'en va
Que je ne retiens pas
Pour vous garder en moi.

Début | Fin


Elles ont fermé la porte

Elles ont fermé la porte
En repartant d'ici
Et mes amours sont mortes
Pourtant je reste assis.

J'entends bien la rumeur
Qui vient battre mes murs
Mais ce n'est plus qu'un leurre
Car je dois rester pur.

J'ai égaré la clef
Qui ouvre ma raison.
Je ne peux la chercher :
Mon coeur est sa prison.

Début | Fin


J'ai attendu

J'ai attendu trois mois que mon âme revienne
Et je sais aujourd'hui que mon attente est vaine.
Je viens de décider de partir moi aussi
Pour pouvoir oublier tout ce qui reste ici.

Avant ce qui sera un départ sans retour
Je ne peux m'empêcher de faire un dernier tour :
Je parcoure cette île où j'ai cru être heureux
Chauffé par le soleil et sous un ciel tout bleu.

Arrivé au sommet, je la vois si petite
Et là-bas dans la baie, le bateau qui s'agite...
Quand enfin je reviens, ayant dompté ma peur,
Les cordages et le vent chantonnent en douceur.

Le bateau qui revit s'élance impétueux,
Content de retrouver ses mouvements fougueux
Pendant que la voilure qui claquait d'impatience,
Emprisonnant le vent, se gonfle d'importance.

Début | Fin


Bonheur

L'àme enfuie III
Sous la coque vibrant d'un bonheur épanoui
L'océan vient ourler un tremblant friselis
Qui couvre le sillage d'un entrelacs changeant
Où viennent s'étonner de longs poissons d'argent.

Quand le vent amoureux oubliant sa caresse
Se détourne un moment ou montre sa paresse
La voilure indolente, s'arrêtant de rêver,
Exprime son dépit d'un battement léger.

Accrochés tout là-haut, au front du firmament,
Voyagent lentement de longs nuages blancs
Dont les bancs immobiles se font et se défont
Servant à ma folie d'aimables compagnons.

Allongé sur le pont, bercé par les soupirs
Venus de tous côtés et qui me font frémir
J'entends se propager, frôlant mon monde clos,
Le bruit de l'Univers comme un lointain écho.

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La tempête

L'àme enfuie VI
Dans la nuit qui m'agite évoluent des dauphins
Mais je vois s'approcher l'aileron d'un requin.
Mon rêve se termine et je dois m'éveiller
Car le bateau s'ébroue comme avant un danger.

Regardant l'horizon un regard m'a suffit
Pour reconnaître au loin mon plus noir ennemi.
Je ne réfléchis pas; j'ai affalé les voiles
Et hissé aussitôt la plus petite toile.

La rambarde m'accueille au moment où je glisse
Entraîné par la mer qui déborde la lisse.
Accroché sur un pont rétif et qui se cabre
J'entends s'exécuter une danse macabre.

Suffocant, paniqué, j'essaie de retourner
A l'arrière du bateau pour pouvoir l'éloigner.
Enfin j'ai réussi mon effort incertain :
Je fuis à toute allure derrière un tourmentin.

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