Les poèmes de Maurice des Ulis

Juin 1997



Fin

Assis au bord de la fontaine  Alexandre 8
Alexandre 9  Alexandre 10
Alexandre 11  Alexandre 12
Alexandre 13  Alexandre 14
Alexandre 15  Alexandre 16
Alexandre 17  Alexandre 18
Alexandre 19  Loreleï, Lorelou
Alexandre 20  Alexandre 21


Assis au bord de la fontaine

Assis au bord de la fontaine
Je ne peux plus boire son eau
Car mon amie m'a mis en peine :
Elle ne me prête plus son seau.

L'eau est bien fraîche et sur la mousse
Son ruisselet va cascadant,
Mais si la belle me repousse
Je ne serai plus son galant.

Il n'est de ciel sans un nuage
Et un amant, même volage,
Aura toujours besoin d'un seau.

Pour chaque femme il est un mage
Qui d'un sourire en son visage
Nous fait aimer le goût de l'eau.

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Alexandre 8

Le conseil de famille - constitué des voisins et amis - prend les mesures d'urgence nécessaires.
Un conseil de famille fut bientôt réuni
Pour entourer le père et sauver le petit.
Chacun eut son avis sur ce qu'il fallait faire
Mais quand à l'appliquer, ce fut une autre affaire.

L'un évoqua des fées pour veiller sur l'enfant,
L'autre des farfadets ou bien un korrigan.
On suspendit du gui au-dessus du berceau.
On parla de broder à son nom un trousseau.

Enfin le plus lucide se dit qu'une marraine
Pourrait le consoler s'il avait de la peine.
Et qu'elle tresserait en l'honneur du poète
Un bandeau de lauriers pour poser sur sa tête.

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Alexandre 9

On va voter pour la marraine. On choisit les candidates puis chacun défend - hypocritement - sa parenté.
Finalement, c'est celle pour qui personne n'a fait campagne qui est élue. En plus, le choix est incontestable.
Pour trouver la marraine on opta pour un vote.
On nomma candidates en premier les dévotes
Puis celles qui lisaient ou qui savaient broder.
Et puis on écouta ceux qui voulaient parler.

Le mari dit le bien qu'il pensait de sa femme
Oubliant, du matin, son repas dans les flammes.
Le père célébra les vertus de sa fille
Et passa sous silence ses quelques peccadilles.

Celle qui fut élue se trouvait sans parents
Et du coup n'avait pu dégoûter les votants.
Elle savait broder et même un peu écrire
Ce qui fit que personne ne trouva à redire.

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Alexandre 10

La marraine, voyant l'état du poème, le réécrit sur un beau papier.
Le poète et sa muse sont réconciliés. Le conseil de famille est ravi.
La marraine aussitôt l'élection terminée
S'en vint examiner la santé du bébé :
Ecrit rapidement et d'une encre pâlotte
Le poème naissant ressemblait à des notes.

D'une écriture lente qui parlait de bonheur,
Elle épela les vers, y mettant tout son coeur.
C'est sur un beau vélin, au milieu de mots tendres,
Qu'avec application fut couché Alexandre.

La muse et le poète, qui se tenaient la main,
Imaginaient, rêveurs, ce que serait demain.
Sur la pointe des pieds chacun se retira
Pour conter à l'entour ce que fut ce jour-là.

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Alexandre 11

Au baptême d'Alexandre, le curé qui détient l'autorité, ne peut la laisser bafouer.
( Objets inanimés, aurais-je donc une âme ? )
Une fois assurée la santé de l'enfant
On pensa lui donner le premier sacrement.
La marraine broda pour la cérémonie,
Taillée dans un beau drap, une robe à surplis.

Le curé appelé pour donner le baptême
Se senti à deux doigts de jeter l'anathème.
Pour éviter les heurts, il dessina trois fois
Au-dessus du berceau le signe de la croix.

Le dimanche au sermon, à tous ses paroissiens,
Il redit qu'un poème ne pouvait être oint
Car étant un écrit par essence sans corps
Le Malin à jamais n'y pourrait faire tort.

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Alexandre 12

Le maire, fin politique, brosse le poil des ses administrés dans le bon sens.
Maintenant qu'Alexandre, à moitié baptisé,
S'était fait accepter par la communauté
Il pouvait bien prétendre être un concitoyen
Egalant dans ses droits tous les contemporains.

Le maire prévenu se montra fort docile
Et ouvrit ce jour-là un autre état-civil.
Sur un registre neuf il nota la naissance,
Exprimant aux parents toutes ses espérances.

Porté par son élan, et pour ses électeurs,
Au nom de la commune il se nomma lecteur
Et d'une voix de basse qui sonnait dans la salle
Il déclama les vers et l'inscrit au journal.

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Alexandre 13

Voilà la presse régionale qui s'en mêle. Toujours aussi flatteuse...
La nouvelle atteignit la presse régionale
Qui fit de la naissance la une du journal.
Le poète, flatté par sa célébrité,
Accepta la demande pour être interviewé.

Il narra longuement la naissance, ici-même,
L'abandon des amis et le semi-baptême,
L'appui de la mairie et des juridictions,
Et puis son inquiétude devant l'éducation.

Le pigiste ravi par une telle aubaine
En fit un bel article, pris dans la même veine.
En homme intelligent, il plaça quelques doutes,
Mais ne dit aucun mot qu'un poète redoute.

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Alexandre 14

Alexandre, mascotte du département. Mais il faut veiller aux excès de la populace.
La nouvelle fit vite le tour du landerneau
Et occupa les langues, au moins dans les bistrots.
Même dans les cuisines, entourant les denrées,
Alexandre avait fait une entrée remarquée.

On placarda ses vers au-dessus des comptoirs
Et on les récita pour tester sa mémoire.
Il y eu des concours de mime et de diction
Et l'on murmura même des suites à la fiction.

Le poète gronda que c'était lui le père,
Responsable de tout, y compris des impairs
Et qu'il n'acceptait pas que des écrivaillons
Ajoutent même un vers au dos de son blason.

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Alexandre 15

Les méthodes du Grand Capital pour faire de l'argent...
Le bruit de ces merveilles fit dans la Capitale
Sourire de mépris et parler de scandale.
On envoya sur place pour laver les soupçons
Le meilleur reporter enquêter sur le fond.

Il lui fut fort facile de mener au comptoir
L'aède campagnard, et de le faire boire.
Mais pour interpréter ses vociférations,
Il eut beau se gratter, il manquait de notions.

Dans un journal du soir il écrivit pourtant
Qu'il était venu voir et écouter longtemps
Mais qu'il n'avait trouvé, en guise de merveille,
Qu'une brute avinée par le jus de la treille.

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Alexandre 16

La Capitale a traîné dans la boue le héraut de la Province.
La Province aussitôt leva le bouclier
Contre la Capitale qui venait la défier :
Porter un coup si bas à l'égard d'un héraut
N'était pas anodin et venait de très haut.

Si le gouvernement voulait tout museler
On devait redouter qu'un pareil procédé
Ne fut que le prélude à la remise au pas,
Depuis longtemps ourdie, de l'intelligentsia.

Le Président navré dut bien se résigner
A dissoudre la Chambre et nommer Chancelier
Un professeur de lettres qui ramena le calme
Et la sérénité dans le pays en flammes.

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Alexandre 17

Le poète se lance dans la politique. Heureusement, Alexandre n'est pas touché
Pour calmer les régions le Chancelier s'en vint
Et offrit au poète son premier maroquin.
Un instant fort tenté, celui-ci sagement
Répondit humblement qu'il préférait les champs.

Touché par sa grande âme et son accent parfait
Le grand homme prédit qu'il finirait préfet
Et de la poésie étant le défenseur
Il le nommait Grand-Croix de la Légion d'Honneur.

On pleura un moment puis on passa à table
Car dans ces grands instants la faim est redoutable.
On oublia la Gloire et le Gouvernement;
Le soir, le Chancelier partit en soupirant.

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Alexandre 18

Face aux touristes, le maire montre qu'il a les choses en main.
Quand un car de touristes arriva au village
Chacun rentra chez soi, craignant de voir l'orage.
Mais tout se passa bien car le maire en habits
Sut se faire écouter de tous ces malappris.

Il montra la mairie, le registre doré
Sur lequel Alexandre était enregistré,
La maison du poète entourée par les champs
Et la montagne au loin qu'admirait son enfant.

Il leur fit visiter l'école et le préau
Où comme tous les autres on le verrait bientôt.
L'envahisseur, défait, restait silencieux,
Troublé d'avoir trouvé le Pays Bienheureux.

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Alexandre 19

La résistance, face aux touristes, s'organise. On essaye même d'en tirer profit.
Le conseil du village, enfin à l'unisson,
Pris de fortes mesures pour contrer l'invasion.
Pour éviter le pire il fallait sacrifier
Aux mains de l'ennemi un bout de la cité.

Au bord de la grand'route on planta un panneau
Disant que le poète habitait le hameau.
Un parcours fut fléché, qui traversait les champs,
Menant à la maison où grandissait l'enfant.

Poursuivant le chemin on trouvait la mairie
Où était exposé dans un cadre vernis
Le dernier épisode de la vie d'Alexandre
Et des copies conformes que l'on voulait bien vendre.

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Loreleï, Lorelou

- Me veux-tu comme Muse ?
Demande Lorelou.
- Je sais que tu m'abuses
Et tu me rendras fou.

- Ma vallée est si belle
Et mes collines douces.
- C'est le vent qui m'appelle
Et ta voix qui me pousse.

- Gravis le mont herbu
Et pénètre la grotte.
- Où suis-je ? Et qui es-tu ?
Et d'où viennent ces notes ?

- Ecoute bien ce chant.
Que ton âme se grise,
Et rejoins les amants
Perdus par ma traîtrise.

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Alexandre 20

Pendant que le poète suit la politique, Alexandre, lui, suit un autre régime.
Pendant que le poète gagné par la folie
Qui avait pour un temps emporté le pays
Suivait la politique sans vraiment la comprendre,
La marraine essayait de nourrir Alexandre.

Toute page froissée, déchirée ou barrée
Bientôt disparaissait pour être examinée.
Quand, biffé de ratures, restait un beau quatrain,
Elle épelait les vers, les couchant sur vélin.

Subissant ce régime, le petit grandissait
Et, fourmillant d'idées, son esprit mûrissait.
Si bien qu'en peu de temps il pouvait s'exprimer
Et dire à sa marraine qu'il voulait être aimé.

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Alexandre 21

Le silence du petit finit par faire du bruit.
Sensible à son silence, la marraine sentit
Qu'il manquait quelque chose au bonheur du petit.
Il perdait l'appétit, devenait anxieux,
Et ne souriait plus, gardant un air sérieux.

Il fallut un moment pour que le père, enfin,
S'aperçut que son fils réclamait des câlins.
Pleurant presque de honte il le prit dans ses bras
Jurant que désormais pour lui il serait là.

L'enfant sur les genoux, il lui conta l'histoire
D'Alexandre le Grand qui dura jusqu'au soir.
Posant dans le berceau son fils tout endormi
Il sut que leur amour encore avait grandi.

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