Les poèmes de Maurice des Ulis

Novembre 1997



Fin

Je suis heureux  L'effraie
L'amour c'est pas sorcier  Le nain de jardin
1 - Loin sous la terre  2 - L'ascenseur
3 - Lumière douce  Le bonhomme bonheur
La douceur de ma banlieue  Alexandre 36
Alexandre 37  Alexandre 38
Alexandre 39  Alexandre 40
La proie  Quand mes mains
Les doigts gourds  J'entrouvre les bras
Blottie contre moi  Il est tôt ce matin
Mon âme s'est enfuie 



Je suis heureux

Je suis heureux, mesdames !
Heureux à en pleurer.
Et si mon coeur le clame,
Je ne peux l'empêcher.

J'ai beau lui rappeler
Ce que j'ai du subir,
Il ne peut s'arrêter
De lancer des sourires.

Mon âme est recousue
De mille cicatrices,
Et lui est dans les nues
Rêvant de séductrices.

Mon coeur est en réclame,
Tout prêt à vous aimer.
Je suis heureux, mesdames !
Heureux à en pleurer.

Début | Fin


L'effraie

Pour owlie
Passant dans les bois sombres
Pour y perdre ma peine
J'y ai vu comme une ombre
Sur la lune lointaine.

Je me suis approché
De l'oiseau solitaire
Admirant sa beauté
Et son allure fière.

Pendant un long moment
Je le crus endormi
Tel un enchantement
En plein coeur de la nuit.

Mais dans un froissement
A peine perceptible
Il partit dignement
Par un long vol paisible

Et son hululement
Remplissant la forêt
Fut comme un triste chant
Que l'on n'oublie jamais.

Début | Fin


L'amour c'est pas sorcier

L'amour c'est pas sorcier :
Suffit d'trouver la femme.
Et c'est bien là mon drame,
Je sais pas où chercher.

Ya des femm's plein la rue
Et qui pass'nt sans me voir.
Moi j'en n'ai jamais eu
Mais je fais pas d'histoire.

J'en voudrais une à moi
Rien que pour la montrer.
Comm' ça je serai roi,
Au moins dans mon quartier.

L'amour c'est pas sorcier :
Suffit d'trouver la femme.
Et c'est bien là mon drame,
Je sais pas où chercher.

Début | Fin


Le nain de jardin

Pastiche de la Vénus Callipyge pour l'anniversaire de Michel.
(oui, on lui a offert un nain de jardin)
Cherchant pour un ami ( dont je tairai le nom
Car je ne voudrais pas en subir les affronts )
Un cadeau hilarant pour orner son séjour
Je fis les magasins pendant près de trois jours.

Arpentant les allées sans savoir quoi offrir
Je ne pouvais trouver l'objet de mon délire
Quand soudain m'apparut la trogne rubiconde
D'un nain un peu bossu à la bedaine ronde.

Ses oreilles étalées et son nez bien spongieux
Etaient dans la laideur ce qu'on a fait de mieux.
Le prenant sous le bras tout rempli d'allégresse
Je partis illico le payer à la caisse.

Le vendeur, en riant, admira ma trouvaille
Me faisant remarquer quelques menus détails
Aussi je lui contai les dessous de l'histoire
Quand au bout d'un moment je le vis s'émouvoir.

Me montrant la statue soudain il s'écria :
"Mais enfin, cher Monsieur, vous ne pensez donc pas !
Offrir à votre ami ce beau nain de jardin
Pourrait lui donner goût à bêcher un lopin.

Et c'en serait fini de vos nuits de ripailles
A célébrer Bacchus en perçant les futailles
Si ce monsieur soudain se levait de bonne heure
Pour voir germer les grains comme un pieux laboureur."

Je restai hébété d'être une telle bête
Et je le suppliai de m'aider dans ma quête.
Un instant silencieux, je le vis s'épanouir,
Savourant par avance ce qu'il allait me dire.

Il fouilla quelques temps par derrière son comptoir
Et saisit un objet que je n'avais pu voir.
"Voici un bel article qui vous ira très bien,
Prenez cet alambic et ne craignez plus rien."

Début | Fin


1 - Loin sous la terre

Le film était mauvais,
M'ayant trop fait pleurer.
Je suis seul désormais
Et je voudrais rentrer.

Dans le parking désert
Où je recherche en vain
Je suis loin sous la terre
Et je ne vois plus rien.

Isolé dans le noir
Où j'ai perdu mes clefs
Voilà le désespoir
Et je me suis prostré.

La panne de lumière
Qui m'aura achevé
N'était pas la première
Mais je me suis baissé.

Début | Fin


2 - L'ascenseur

La main qui me secoue
Me fait mal à l'épaule.
Dans ce monde de fous
Je ne sais plus mon rôle.

Mais que me veut ce type
Qui me hurle au visage ?
J'en ai le coeur qui flippe
Et je me sens la rage.

A moitié titubant
Je m'appuie sur son bras.
Si je me sens vivant,
Je suis tombé bien bas.

L'ascenseur est petit
Et sa lumière est douce
Mais quand je suis sorti
J'ai ressenti la frousse.

Début | Fin


3 - Lumière douce

Depuis que dans ce monde
J'ai connu les bas-fonds
J'ai une lampe ronde
Qui me colle au plafond.

Je l'allume le soir
Quand le monde s'éteint.
Les gens viennent me voir
Et moi, je me sens bien.

Si ma lumière est douce
Et ne va pas très loin
Au moins elle repousse
Le chagrin qui revient

Et m'aide à retrouver
Un ami qui se perd
Car il a oublié
D'allumer la lumière.

Début | Fin


Le bonhomme bonheur

Le bonheur m'a séduit
Par sa simplicité
Et par sa bonhomie
Quand je l'ai rencontré,

Son air de connivence
Dès le premier abord
Qui vous dit que la chance
Vous emmène à bon port,

Son serrement de main,
Amical, chaleureux,
Promettant pour demain
Un nouveau jour heureux.

Dès la prochaine fois
J'aimerais l'inviter
A demeurer chez moi.
Mais où est-il passé ?

Début | Fin


La douceur de ma banlieue

Je suis un contemplatif
Et ma douceur indolente
Apparaît bien insolente
A celui qui est hâtif.

Regardant béatement
Voler les petits oiseaux
Ou se balancer les roseaux
Je musarde tout le temps.

Et après n'avoir rien fait
Que ce poème inutile
Dont les vers sont malhabiles
Je me trouve satisfait.

Est-ce à dire que j'ignore
Si près de moi le malheur
Qui me montre son horreur
Et menace mon confort ?

Je ne suis pas différent
De tous ceux que la misère
Dans ce pays si prospère
A mordu à pleines dents.

Si je ne peux que si peu
Pour modifier notre monde
J'aurai au moins ma faconde
Pour crier dans ma banlieue.

Début | Fin


Alexandre 36

Le poète reçoit la visite d'un monsieur de la ville.
Le monsieur a souri et Papa est heureux
Mais Alexandre hésite à se rapprocher d'eux.
Il a peur du chapeau et des habits de ville
Et n'oublie pas surtout le monstre automobile.

Si Marraine est dehors pour admirer l'auto
Elle a son air soucieux et ne dit pas un mot
Mais elle a bien voulu permettre à Alexandre
De s'approcher assez pour toucher la calandre.

Papa qui est sorti sourit en le voyant
Et va le déposer sur la banquette avant.
Tout est beau mais étrange aux grands yeux d'Alexandre
Qui se met à pleurer car il voudrait descendre.

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Alexandre 37

Marraine ne veut pas partir à la ville. Alexandre non plus.
Le monsieur de la ville est revenu hier.
Papa est guilleret, en fait il est très fier.
Il fait un grand discours pour expliquer aux siens
Qu'il faut aller en ville : on partira demain.

Si Papa fait la tête, Marraine, elle a pleuré
Et Alexandre aussi se sent désespéré.
Il s'accroche à sa jupe, essayant de lui dire
Qu'il ne comprend pas bien pourquoi il faut partir.

Son père est en colère et envoie Alexandre
Se coucher dans son lit sans pouvoir redescendre.
Et celui-ci, longtemps, entend ses deux parents,
Au lieu de dialoguer, crier des arguments.

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Alexandre 38

Préparatifs ( que de rêves autour d'une malle ).
Papa a réussi à convaincre Marraine
Qui depuis ne dit mot et ne sourit qu'à peine.
On a trouvé la malle tout au fond du grenier
Couverte de poussière et de nids d'araignées.

Il a fallu longtemps pour nettoyer le cuir
Et les deux gros fermoirs que l'on a fait reluire.
Maintenant qu'elle est propre on dirait un bijou
Et certain aimerait en faire son joujou.

Et puis elle est si belle au milieu de la salle
Qu'une autre se surprend à rêver d'une escale.
Marraine la remplit du linge de chacun
Et Alexandre cherche à repérer le sien.

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Alexandre 39

Départ pour l'enfer.
La malle est sur le quai et Alexandre a peur
Car on va voyager dans un train à vapeur.
Papa lui montre au loin un nuage tout blanc
Qui s'avance vers eux bien trop rapidement.

Un monstre est arrivé dans un bruit de tonnerre
Et l'on a même vu les flammes de l'enfer.
La fumée est partout et l'on distingue à peine
Un immense wagon où Marraine l'entraîne.

La malle est repoussée au milieu de l'allée
Et dans un claquement la porte est refermée.
Alexandre sait bien qu'on ne peut plus descendre
Et il ferme les yeux pour éviter la cendre.

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Alexandre 40

Il y a plein de choses à voir, dans un train.
Pour peu qu'on ait compris qu'on restera vivant,
Finalement le train c'est très intéressant.
Maintenant que Papa a fermé la fenêtre
On n'a plus de fumée et on se sent renaître.

Il y a plein d'objets dans le compartiment
Et il faut que Marraine explique tout le temps :
"A quoi sert la poignée ?" ou "qu'est-ce qu'une alarme ?";
Alexandre interroge et rien ne le désarme.

Tout à coup il a vu des vaches dans un pré
Et s'appuie à la vitre où il reste collé.
Mais où donc est passé le pré que l'on voyait ?
Il est parti au loin alors qu'il était près !

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La proie

Je serai très doux et patient;
Je t'empêtrerai dans mes rets
Où tu te livreras exprès
Pour m'attraper comme un amant.

Tout à tour, tu seras biche
Effarouchée et qui se couche
Et puis la panthère farouche
Qui me rendra comme un caniche.

Tu m'aimeras; je t'aimerai.
Nous ne nous reverrons jamais.

Début | Fin


Quand mes mains

Quand mes mains n'auront plus la force de tenir
Le livre de poèmes que je voudrai relire
Je laisserai mes mains reposer près de moi
Et souriant encor je penserai a toi.

Je reverrai le feu passionné de tes yeux
Et la fière cascade tombant de tes cheveux
Comme autant de bonheurs que m'a donné la vie,
Pardonnant par avance ce si pâle aujourd'hui.

Me récitant les vers qui parlent tant de toi
J'oublierai ce Grand Soir qui me glace de froid.

Début | Fin


Les doigts gourds

Quand voûté par les ans
J'essaierai sans détour
D'écrire mon parcours
Au milieu des vivants

Je penserai à vous,
Celles qui m'ont aimé,
A ces joies partagées
Et tous ces moments doux.

Alors en jubilant,
Maudissant mes doigts gourds,
J'écrirai patiemment
Un poème d'amour.

Début | Fin


J'entrouvre les bras

J'ai la tête trop lourde
A vouloir trop porter
Mais si mon âme est sourde
Je ne peux plus aimer.

Je reprends au passant
Le poids désespéré
Du malheur qu'il ressent;
Je ne peux l'empêcher.

Le bonheur indécent
De tous les ignorants
Ne me tourmente pas

Car si je veux aimer
C'est à l'humanité
Que j'entrouvre les bras.

Début | Fin


Blottie tout contre moi

Blottie tout contre moi,
Si douce et si fragile,
Si tendre et si docile,
Et dont le corps se ploie

Je sens le désarroi
Dans ses yeux immobiles
Et dans ses mains fébriles
Que je baise parfois.

Elle a enfin souri
Et puis elle est partie.

Début | Fin


Il est tôt ce matin

Il est tôt ce matin.
Je tombe de sommeil
Et pourtant mon réveil
A pris un air mutin.

Devant les yeux câlins
Et gris qui me surveillent
J'affronte le soleil
Qui m'inonde à dessein.

J'ai dû, pour me venger,
La couvrir de baisers.

Début | Fin


Mon âme s'est enfuie

L'àme enfuie II
Depuis plus d'un long mois mon âme s'est enfuie
Aussi je me demande ce que je fais ici.
Je marche sans rêver tout le long du rivage
Sans même regarder ce que font les nuages.

Depuis bien trop longtemps qu'elle tournait en rond
Un jour elle est partie par-delà l'horizon
Laissant loin derrière elle mon île solitaire
Et me voici perdu, seul au milieu des mers.

Ce soir je partirai. Je hisserai la voile
Et voguerai la nuit en suivant les étoiles.
Ma route croisera des étranges poissons
Aux écailles dorées qui feront les yeux ronds.

A la fin j'atteindrai, après le désespoir,
Une île-paradis où je pourrai revoir
Mon âme convoler avec une inconnue.
Et leur envol joyeux embellira les nues.

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